Contre l’hégémonie des grands semenciers industriels, des paysans réagissent et créent des maisons de semences collectives. Exemples au Larzac et dans le Périgord.

 

En 2006, Laurent Reversat, éleveur dans le Larzac, rencontre Laurent Hazard, chercheur à l’Inra. Celui-ci veut travailler sur l’amélioration de la biodiversité dans les cultures fourragères : ils choisissent le sainfoin et créent la Maison de la semence en 2012. « Comme la loi de 2011 interdit l’échange et la vente de semences entre agriculteurs, la Maison de la semence les prête, les redistribue, uniquement en interne, et en reste propriétaire », explique Estelle Greffier, ingénieure agronome chargée de faire vivre le réseau.

C’est en Dordogne que l’association Agrobio Périgord a lancé la première Maison de la semence française autour de 2005. « Une rumeur sur l’introduction de maïs OGM nous avait incités à chercher des graines originelles », raconte le cultivateur de maïs bio Bertrand Lassaigne. De fil en aiguille, il participe à la création du Réseau Semences Paysannes en 2003. À la Maison de la semence d’Agrobio Périgord, chacun emprunte des semences, les cultive, remplit des fiches d’expérimentation et rend au collectif trois fois la quantité prêtée. Depuis 2007, elle accueille des maraîchers et des jardiniers amateurs sur les mêmes principes que les agriculteurs céréaliers.

 

Et les semences non bio ?

Dans la Maison de la semence du Larzac, les agriculteurs, même en conventionnel, doivent s’engager à n’employer aucun intrant chimique dans la culture des graines prêtées. Dans le Périgord, en revanche, les semences non bio sont admises, sans toutefois être mélangées aux autres. En revanche, la chasse aux OGM est drastique. Tous les ans, pour vérifier que les semences en sont préservées, Agrobio Périgord envoie en laboratoire des échantillons de tous les lots de maïs récoltés.

Face aux grands semenciers et à la loi, la force des Maisons de la semence tient à leur statut d’expérimentatrices, garanti par les partenariats avec l’Inra, l’Itab et les collectivités territoriales. Le Réseau Semences Paysannes compte environ soixante-dix collectifs, même si une dizaine seulement portent le nom de Maison de la/des semence(s). Il leur permet d’échanger des informations, des expériences, des contacts. Il assure aussi une veille juridique sur une législation complexe et changeante.

 

Article extrait de Kaizen numéro 12.

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