Dans leur dernier ouvrage, Manifeste pour une agriculture durable (Actes Sud, 2017), Claude et Lydia Bourguignon proposent de réactualiser la définition de l’agriculture afin de garantir une terre fertile. Entretien.

 

Lydia Bourguignon : « L’agriculture est la seule source de richesse qui soit »

 

Pourquoi est-il fondamental de maintenir des sols vivants ?

Le sol héberge la vie. Vivante, la terre boucle le cycle sol-plante, ce qui évite les fuites de nitrates, phosphates, sulfates et chélates – substances indispensables pour les végétaux ­– dans les nappes phréatiques et les cours d’eau.

A contrario, un sol pollué et en mauvaise santé entraîne une pollution de l’eau voire de l’air. La diminution de biomasse mène alors à une perte d’argile, de limon, et à un sol mort, condamné à l’érosion.

Dans votre manifeste vous soulignez qu’en France, nous sommes passés de deux tonnes de vers de terre à l’hectare en 1950, à moins de 100 kilos aujourd’hui. Comment restaurer la fertilité de nos sols ?

Il faut d’abord cesser de croire que les sols ont besoin d’azote. Les sols ont besoin de matière organique. Tout le défi des années à venir est de remobiliser cette substance fabriquée par les êtres vivants. Pour cela, de multiples solutions existent : le compost, l’agroforesterie, le semis direct à ciel ouvert (arrêter de labourer et couvrir le sol de plantes), ou encore, la méthode du bois rameaux fragmentés (utiliser les rameaux des haies broyés finement et les mettre sur le sol). Un autre enjeu est de recruter de nouveaux bras pour travailler la terre.

Il nous faut ainsi réactualiser la définition de l’agriculture car elle est la seule source durable de richesse qui soit. Contrairement à l’industrie ou à l’extraction de minerais qui apportent une transformation irréversible, un grain de blé semé en donne cent grâce à la seule énergie du soleil.

 

Les citoyens peuvent-ils contribuer à une agriculture durable ?

Bien sûr ! Le citoyen a une part de responsabilité. S’approvisionner dans des magasins de proximité – AMAP, commerces de producteurs –, ne pas consommer de fraises et de haricots verts en hiver, sont des gestes permettant de soutenir une agriculture de qualité et durable. Accepter de payer la nourriture au prix juste se révèle aussi être un engagement important. Tout est donc une question de choix.

De plus en plus de citoyens ont conscience de l’importance de cette agriculture durable – gage d’une vie en bonne santé et d’un soutien aux agriculteurs. Et pour que la magie opère, la démarche est à la fois simple et réjouissante : éteindre sa télévision ; prendre trente minutes pour cuisiner une bonne soupe ; se laisser cueillir par l’énergie de l’aliment ; goûter un produit cultivé avec amour, en respectant les sols…

 

 

 

Propos recueillis par Simon Beyrand

©Kaizen, construire un autre monde… pas à pas

 

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